AN 1998-1

"La lutte contre l'abattage rituel est le débat de la culture contre la barbarie"
Willi Fackenheim, interné du camp de concentration de Thereseinstadt



Suite à l'article "L'abattage juif sans étourdissement précédent la saignée" dans le dernier numéro de notre Périodique, M. Bernard Lavrie, secrétaire de la CICAD, "Coordination Intercommunautaire contre l'Antisémitisme et la Diffamation", nous a demandé de publier l'article ci-après intitulé "Compassion envers les animaux, un point de vue juif" :

CICAD : "ACUSA News de janvier dernier présente l'abattage rituel pratiqué par les Juifs comme un acte de barbarie à l'égard des animaux. Le journal, qui s'abstient d'ailleurs de mentionner que les 20'000 Juifs du pays, se fonde uniquement sur des présomptions et ne prend la peine d'interroger ni les uns, ni les autres, sur leurs propres vues en la matière. Il y a là, me semble-t-il, un flagrant manque d'objectivité vis-à-vis de vos lecteurs. Vous me permettrez donc de leur donner quelques éléments de réflexion. Je précise que je suis moi-même végétarien, autant pour des raisons de santé que de compassion pour les animaux. C'est donc très librement que j'aborde le sujet."

ACUSA : Le Dr Erwin Kessler s'est adressé à un grand nombre de personnes et personnalités de confession juive pour connaître leur opinion concernant l'abattage rituel. Il a reçu une seule réponse, celle de Sir Yehudi Menuhin qui dit : "Je suis entièrement avec vous. Toutefois, mieux encore serait de ne pas devoir tuer d'animaux du tout, mais je n'accuserais certainement pas d'antisémitisme les critiques".

Quant à la communauté musulmane contactée, elle nous a répondu avec la déclaration suivante : "... dans notre souci commun pour une entente paisible entre les hommes de culture et de religions différentes, et conscients que la protection de la création et des animaux est le devoir de tous les hommes, nous déclarons par la présente ensemble que l'étourdissement ne viole aucune prescription religieuse concernant l'abattage des animaux, parce qu'il ne tue pas l'animal mais lui épargne peur et douleur. C'est pourquoi nous désirons que tous nos frères utilisent cette possibilité."

Signé : Ibrahim Alhmdani et Dr Erwin Kessler.

CICAD : "Il faut d'abord savoir que la tradition juive exige de respecter les animaux. La Bible interdit formellement, par exemple, de découper un animal vivant. Or, ACUSA News ne se préoccupe guère du homard gigotant plongé dans l'eau bouillante - ce que fait tout bon restaurant - ni de la dégustation d'huîtres (un organisme vivant), ni du massacre d'animaux pour le plaisir comme dans la chasse. Ce sont là des choses que s'interdisent les Juifs respectueux de leur tradition. Mais j'en viens au fait, c'est à dire à la "shekhita", l'abattage rituel."

ACUSA : Le VgT/ACUSA dénonce toute cruauté envers les animaux. Aussi, à différentes occasions, des membres de notre association ont manifesté devant des restaurants servants des homards ou tenant des poissons dans des viviers. De même, des interventions visant à obtenir l'interdiction absolue de la pêche aux appâts vivants sont faites par notre Président auprès des associations de pêcheurs. En ce qui concerne la chasse - personnellement, je ne comprends pas qu'on puisse prendre du plaisir à tuer des animaux -, il faut dire que la viande du gibier provient d'animaux qui ont pu vivre relativement librement dans leur milieu naturel, qui n'ont pas dû endurer les angoisses du transport vers un abattoir et qui ont, la plupart du temps, été tués instantanément (le dernier point n'est pas le cas pour la chasse à courre).

CICAD:"Je me suis souvent demandé pourquoi les adversaires de la shekhita ne lui opposaient jamais que des arguments a priori. Pour eux, il est entendu que l'animal égorgé à la façon des Juifs, c'est à dire sans étourdissement préalable, endure des douleurs épouvantables. Or aucune étude scientifique n'a été publiée à ce sujet et le jugement à cet égard ne se fait qu'au vu des réactions des animaux. Le Grand-Rabbin de Bâle, Ysraël Levinger, vétérinaire et physiologiste, a publié en 1995 une importante étude sur la question, intitulée : "La Shekhita à la lumière de l'an 2000". Elle fourmille de données scientifiques sur les réactions du cœur, d la rate, de la circulation, du cerveau (encéphalogramme) etc... des animaux égorgés. La conclusion est intéressante : "Pourvu que le couteau sacrificiel ait, comme la règle l'exige, un tranchant impeccable et une parfaite acuité, il est de la plus haute probabilité que l'animal ne souffre, physiquement ou psychologiquement, ni avant, ni pendant, ni après le coup fatal" affirme le Grand-Rabbin. Le couteau, nous explique-t-on, tranche les parties milles de la gorge, la trachée, l'œsophage, les carotides, les veines jugulaires ainsi que les nerfs vague et sympathique. Dans ces conditions, assure le rabbin Levinger, l'animal meurt relativement vite. "Les soubresauts que l'on observe proviennent de forts mouvements respiratoires et de réflexes spasmodiques musculaires, résultant de réflexes hypoxiaux non coordonnés provenant des centres de la moelle épinière et ne pouvant pas être considérés comme des mouvements de défense". A mes yeux, ce constat est au moins aussi valable que la position des adversaires de la shekhita. Il faut préciser que le sacrificateur rituel accomplit un acte religieux et qu'il est exigé de lui, non seulement une maîtrise sans faille de sa technique, mais encore une probité morale reconnue. Il peut d'ailleurs être poursuivi en cas de dommages causé en ôtant la vie à l'animal.

Les jambes postérieures attachées, une chaîne fixée à une jambe antérieure, l'animal est renversé ; sa panique est visible, l'expression de ses yeux en témoigne !


ACUSA : Le Grand-Rabbin de Bâle, Ysraël Levinger a dit (traduit de l'allemand) dans une interview accordée à la Revue juive : "Une de mes missions les plus importantes en Europe est la lutte contre l'abolition de l'abattage rituel". Dans notre dernière édition, nous avons décrit les manipulations nécessaires pour mettre les animaux dans la position requise pour l'égorgement. Nul doute que nos lecteurs peuvent s'imaginer quelles peur et douleur une vache de 600 kg doit ressentir suspendue à une jambe arrière !

L'égorgement rituel a été pratiqué par de nombreux peuples bien avant qu'il ne soit codifié dans les textes de la bible ; la gorge des animaux était tranchée pour recueillir le sang qui était offert à la divinité, le sang appartenant aux Dieux. Que fait-on du sang des animaux égorgés en nombre dans les grands abattoirs ? Est-il "versé par terre comme de l'eau ?"

Il m'intéresserait de savoir à quelle sanction le sacrificateur s'expose en cas de dommage causé à l'animal qu'il a tué !

Le Rabbin Levinger a également dit : "Où il y a nécessité pour l'homme, il n'y a pas d'interdiction de cruauté envers les animaux", et il cite I.E. Lewin : "Même s'il y avait de la douleur supplémentaire pour l'animal, il faudrait se demander où cela se situe par rapport à la douleur qui est causée par l'endommagement du principe de la liberté religieuse".

CICAD : "Pour ce qui est de l'abattage des volailles, il vaut la peine de noter que la pratique juive, de l'aveu même du directeur du Département vétérinaire fédéral, M. Andréas Steiger, ne peut être a priori considéré comme plus cruel que la méthode utilisée dans les abattoirs, où les volailles sont pendues par les pieds, en sorte que leur tête plonge dans l'eau pour y recevoir un choc électrique censé les étourdir avant la mise à mort. Le sacrificateur juif, lui, se saisit de la bête par les pieds et lui tranche la gorge pour permettre au sang de s'écouler. Toute l'affaire dure moins d'une minute. A noter que dans les abattoirs de Migros ou de Coop, on abat mécaniquement 10'000 volailles à l'heure ! La compassion pour l'animal n'est peut-être pas nécessairement là où le pense ACUSA-News."

ACUAS : Sur pression des milieux juifs, le Conseiller fédéral Jean-Pascal Delamurz a accordé la permission d'égorger les volailles, malgré l'opposition déclarée de toutes les organisations de protection des animaux. Si la méthode d'étourdir les volailles dans les grands abattoirs est critiquable, il faut relever que, d'une part, des efforts sont faits pour épargner les douleurs aux animaux a tuer et que, d'autre part, des recherches sont conduites pour trouver des méthodes plus performantes. En donnant la permission d'égorger des animaux, le Conseil Fédéral a de toute évidence, pour plaire à une minorité susceptible, ignoré la volonté de la majorité du peuple suisse !

Pour conclure, je tiens à dire que nous avons hésité - surtout à cause des enfants - à publier des photos d'animaux sacrifiés. La ténacité des défenseurs de ces "actes religieux" nous y a néanmoins contraint. A la vue de ces images insupportables, toute étude scientifique sur la réaction du cœur, des poumons ou de la rate devient superflue, de même que la discussion sur le tranchant du couteau et la morale du


Le veau, terrifié, trois jambes attachées ensemble, est hissé, au moyen d'une chaîne, sur la table d'abattage où, pleinement conscient, il est égorgé.


On ne doit jamais pactiser avec l'erreur, quand même elle serait soutenue par des textes sacrés. Toute tradition en désaccord avec les règles de la morale doit être rejetée sans hésitation, même si elle remonte à la nuit des temps.
Mahatma Gandhi

Pasteur Martin Niemoeller, ancien Interné: Je me rappelle que j'ai vu et visité, dans un bois près de Cavidovo pendant mes vacances en 1967, pour la première fois une de ces "fabrique de poules". Ma première impression était, et elle n'a pas changé : ceci doit être pire pour ces pauvres animaux que tout ce que nous avons dû supporter pendant les années passées dans le camp de concentration.

Isaac B. Singer, Prix Nobel: J'observais comment, à la table voisine, quelqu'un dévorait une portion de jambon. Je suis depuis longtemps arrivé à la conclusion que la façon avec laquelle l'homme se comporte envers les créatures de Dieu, se moque de tous ses idéaux et de sa soi-disant humanité ! Pour que ce gros lascar puisse se goinfrer de jambon, un être vivant a dû grandir, a été traîner vers l'abattoir, a été maltraité puis tué. Pas un instant cet homme a dû avoir pensé que le cochon a été créé de la même matière que lui, qu'il a dû souffrir et mourir seulement pour qu'il puisse en manger la viande. J'ai souvent pensé : quand il s'agit des animaux, chaque homme est un nazi.


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