AN 1998-1

"Comme c'est utile de manier l'art du mensonge au bon moment!" Corneille

(SW) Du 17 au 28 septembre dernier, le Comptoir suisse à Lausanne ouvrait ses portes aux visiteurs venus nombreux pour admirer, goûter, acheter. On est de bonne humeur, on se promène entre les stands, on boit un petit verre de blanc ici et là. Arrivés à l'emplacement des "Espaces verts", endroit où "l'agriculteur suisse affiche sa nouvelle identité", les visiteurs tombent sous le charme des animaux présents. Et il y a de quoi ! De belles vaches couchées dans la paille, des chèvres avec leurs adorables chevreaux, des moutons - que les enfants couchés à plat ventre essaient de caresser au risque de se déboîter le bras - et une truie splendide et énorme couchée dans la paille au milieu d'une ribambelle de minuscules porcelets ! Qu'ils sont doux, soyeux, de véritables peluches ! Le public, enchanté, les admire, les caresse ; même quelques mains d'hommes tapotent la brave bête. "Comme ils sont bien ! Bon, ils seront tués une fois gros et gras, mais ma foi, ils sont là pour ça" était l'essentiel des discussions autour de l'enclos. Oui, le message des organisateurs a bien passé. Ajoutons encore à cette idylle "à la ferme" le texte de "terre & nature" du "Sillon romand" du 11 septembre : "..."La ferme" présente des équipements et des bêtes élevées dans les règles en vigueur sur la protection des animaux, en stabulation libre et bénéficiant d'une aire extérieure...". Le spectateur a réagi exactement comme prévu : bercé par l'illusion que les animaux auront vécu dans les bonnes conditions que la législation prescrit, il peut donc manger de la viande la conscience tranquille !

Et si l'on avait eu le courage de montrer la triste vérité ? Des vaches attachées sous le "dresse vache", libérées seulement 90 jours par an - et pour cela il a fallu une loi ! Des truies sanglées dans des cages métalliques, leurs petits sont sur un sol de béton froid sans litière, dans leurs excréments ; des photos de fabriques de viande à deux étages, constructions ultramodernes commandées par ordinateur ou de lugubres bâtisses délabrées !

Tous les exposants du Comptoir savent pertinemment que seule une toute petite partie des animaux sont logés de la façon présentée.

Le fabricant des "boxes de Krieger" (enclos pour porcs) exposés nous confirme qu'un petit nombre seulement de ces installations a été vendu en Suisse romande !

Il était une fois une Reine, visitant son Royaume, à laquelle on cachait soigneusement la misère de ses sujets en construisant des villages-attrapes. "La Ferme" n'est rien d'autre qu'un village de Potemkine pour duper non pas une Reine, mais un public consommateur ignorant et naïf.


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