"Comme c'est utile de manier l'art du mensonge au bon moment!" Corneille
(SW) Du 17 au 28 septembre dernier, le Comptoir suisse à Lausanne
ouvrait ses portes aux visiteurs venus nombreux pour admirer, goûter, acheter. On est de
bonne humeur, on se promène entre les stands, on boit un petit verre de blanc ici et là.
Arrivés à l'emplacement des "Espaces verts", endroit où "l'agriculteur
suisse affiche sa nouvelle identité", les visiteurs tombent sous le charme des
animaux présents. Et il y a de quoi ! De belles vaches couchées dans la paille, des
chèvres avec leurs adorables chevreaux, des moutons - que les enfants couchés à plat
ventre essaient de caresser au risque de se déboîter le bras - et une truie splendide et
énorme couchée dans la paille au milieu d'une ribambelle de minuscules porcelets !
Qu'ils sont doux, soyeux, de véritables peluches ! Le public, enchanté, les admire, les
caresse ; même quelques mains d'hommes tapotent la brave bête. "Comme ils sont bien
! Bon, ils seront tués une fois gros et gras, mais ma foi, ils sont là pour ça"
était l'essentiel des discussions autour de l'enclos. Oui, le message des organisateurs a
bien passé. Ajoutons encore à cette idylle "à la ferme" le texte de
"terre & nature" du "Sillon romand" du 11 septembre :
"..."La ferme" présente des équipements et des bêtes élevées dans les
règles en vigueur sur la protection des animaux, en stabulation libre et bénéficiant
d'une aire extérieure...". Le spectateur a réagi exactement comme prévu : bercé
par l'illusion que les animaux auront vécu dans les bonnes conditions que la législation
prescrit, il peut donc manger de la viande la conscience tranquille !
Et si l'on avait eu le courage de montrer la triste vérité ? Des vaches attachées sous
le "dresse vache", libérées seulement 90 jours par an - et pour cela il a
fallu une loi ! Des truies sanglées dans des cages métalliques, leurs petits sont sur un
sol de béton froid sans litière, dans leurs excréments ; des photos de fabriques de
viande à deux étages, constructions ultramodernes commandées par ordinateur ou de
lugubres bâtisses délabrées !
Tous les exposants du Comptoir savent pertinemment que seule une toute petite partie des
animaux sont logés de la façon présentée.
Le fabricant des "boxes de Krieger" (enclos pour porcs) exposés nous confirme
qu'un petit nombre seulement de ces installations a été vendu en Suisse romande !
Il était une fois une Reine, visitant son Royaume, à laquelle on cachait soigneusement
la misère de ses sujets en construisant des villages-attrapes. "La Ferme" n'est
rien d'autre qu'un village de Potemkine pour duper non pas une Reine, mais un public
consommateur ignorant et naïf.