AN 1998-2

La grande bouffe des Fêtes de fin d'année

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Cadavre d’un cochon de lait, joliment mis en valeur sur son lit de persil (photos prises à La Placette de Chavannes-de-Bogis).

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Avant Noël, année après année, la grande boucherie du Molard offre aux Genevois un spectacle insolite. Les cadavres de troupeaux entiers d'agneaux, de chapons, de poules et de différents poissons sont exposés dans ses vitrines.

Les uns se régalent de la vue des morceaux de viande rouge, soigneusement décorés de graisse blanche, des rangées de côtes d'agneau dressées en couronne, chaque bout d'os garni d'une papillote. Ils se lèchent les babines en caressant des yeux les alignements de poulardes affichant leur provenance au moyen de rubans bleu-blanc-rouge. Les épis de maïs qui les entourent indiquent de quels grains était constituée leur nourriture. Oh, que ça doit être bon!

Et les autres, que ressent-ils? Ils sont tristes, eux qui savent quelles souffrances les victimes de ce massacre ont dû endurer, eux qui savent que la masse rouge exposée là faisait partie du corps d'un animal, d'un jeune animal qui, pendant sa triste vie, n'a jamais pu courir dans un pré. Bien sûr, on nous assure que tous les animaux ont eu une belle vie! Où donc va la viande des animaux provenant des élevages intensifs? Ils savent aussi que la masse jaunâtre est le corps d'un chapon, c'est-à-dire d'un coq mutilé, châtré à des fins d'engraissement - bien sûr, on nous assure que l'intervention n'est pas douloureuse, que ceux qui en meurent font partie des pertes calculées, et tant pis pour eux… Ils savent aussi de quoi sont remplies les boîtes allongées, joliment mises en valeur dans cette macabre exposition: de la souffrance des oies et canards lors de la production du foie gras.

Le foie gras jouit d'une réputation de produit de luxe, même si son prix a baissé suite aux importations de l'Europe de l'Est. Qu'il s'agisse de foie d'oie ou de canard, cher ou bon marché, obtenu par gavage traditionnel ou industriel, l'horreur est la même. Le foie gras n'a en fait qu'un dénominateur commun: la souffrance des animaux voués à la mort après une existence abominable.
Année après année, d'innombrables animaux sont élevés, transportés, puis abattus dans d'horribles conditions connues de tous ceux qui savent lire. Année après année les chrétiens honorent, avec un gigantesque carnage d'animaux, la naissance de l'enfant divin, de cet enfant né dans une étable sous le regard d'un âne et d'un boeuf…


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