AN 1998-2
En 1998 aussi:
Fourrure rime avec torture
(SW) «Vous égarez le public avec de vieilles photos» nous reprochent souvent les fourreurs. Mais vieilles ou récentes, celles-ci montrent toujours les désastreuses conditions de vie qui ne changent guère dans les élevages d'animaux à fourrure. Un membre de notre organisation a visité, cet été 1998, un tel établissement et en est revenu scandalisé. Les photos prises à cette occasion ressemblent forcément beaucoup à celles que l'on a vues les années passées Voici son récit:
Un élevage moderne
Des cris bouleversants déchirent le silence de cet après-midi scandinave et nous
transpercent jusqu'à la moelle. Une odeur d'urine pénétrante imprègne l'air autrement
si pur. Dans la paix apparente d'une nature grandiose, rôdent la terreur et l'angoisse.
Pudiquement dissimulée derrière quelques arbustes, la source de ce cauchemar se révèle
être ce que l'industrie de la fourrure se plaît à appeler une "ferme
d'élevage": des dizaines de rangées de toitures en tôle recouvrent autant de
rangées de cages minuscules, en grillage de fil de fer. Des milliers de créatures
innocentes, ici des renards bleus, y vivent la torture au quotidien, depuis le jour de
leur naissance jusqu'à celui de leur atroce mise à mort. Les plus chanceux sont ceux qui
seront écorchés très jeunes, à l'âge de quelques mois seulement; les plus à
plaindre, ceux qui, destinés à la reproduction, sont condamnés à croupir 3, 4, voire 5
ans dans ces conditions infâmes.
C'est donc ça "l'élégance" préconisée par les fourreurs: saleté, terreur
et souffrance! Certes qu'avant de franchir le seuil d'un magasin de fourrure, chaque
cliente devrait d'abord passer quelques minutes dans cet univers sordide; elle saurait
alors combien de cruauté elle affiche lorsqu'elle enfile un vêtement de fourrure.
Ceci, l'industrie de la fourrure le sait parfaitement, et pour faire marcher quand même
son triste business, elle n'hésite pas à proférer de fausses informations sur les
conditions de vie des malheureuses victimes de la vanité humaine, les animaux. Elle
accuse notamment leurs défenseurs de montrer «toujours les mêmes photos dépourvues
d'actualité». Combien de mauvaise foi! En effet, comment reconnaître si une photo est
ancienne ou récente, si sur le terrain rien n'a changé? Les clichés accompagnant ces
propos datent bel et bien de 1998.
Les usines de l'horreur: ni naturelles ni écologiques!
Les dimensions des cages minuscules n'ont guère changé: moins d'un mètre carré par individu pour ces renards, qui dans la nature sauvage parcourraient plusieurs dizaines de kilomètres par nuit. Cette promiscuité leur cause, entre autres, de graves problèmes de territorialité qui se traduisent par un état de stress permanent. Rappelons qu'en Suisse la loi exige un minimum de 20 m2 par couple.
Le sol des cages en grillage de fil de fer est omniprésent - c'est si pratique, les excréments passent à travers et on n'a pas besoin de nettoyer! Qu'importe s'il représente pour les animaux un supplice quotidien: il est en effet souvent la cause de douloureuses blessures aux pattes ou d'infections, car au contraire des conditions de vie en liberté, où ils peuvent, dans le fond de leur confortable tanière, maintenir une température stable, ils sont, dans ces cages ouvertes sur tous les côtés, exposés aussi bien aux rigoureux froids d'hiver qu'aux chaleurs estivales qui peuvent facilement atteindre 30°C.
Cette année-ci non plus: pas de distractions ou d'occupation dans ces cages austères. Pas un brin de paille, ni d'étagère en bois, où les animaux pourraient se retirer et observer ce qui se passe autour d'eux. Forcément, nous dit-on, ils la détruiraient en voulant s'y faire les dents et, cherchant à vivre quelque peu leur instinct qui les pousse à marquer leur territoire, ils l'aspergeraient d'urine et le bois pourrirait vite On se demande comment font les zoos, dont la politique récente est pourtant d'enrichir aux maximum l'environnement des cages; la loi suisse en tout cas prévoit une aire de grattage pour les renards.
Près de 9'000 animaux, soit environ 1'600 mères, plus de 100 mâles reproducteurs et quelque 7'000 renardeaux croupissent dans ce seul établissement. Leur anxiété et leurs mouvements stéréotypés - des longes périodes d'apathie complète alternant avec des phases d'hyper-activité (le va-et-vient incessant le long des quelques centimètres de la paroi de la cage) - montrent bien le stress insupportable que représente pour des animaux sauvages leur détention dans ces conditions désastreuses.
1L'année a commencé normalement, dans cet élevage, comme dans tous les autres, par la reproduction: accouplement direct pour une partie des animaux - pas question de se soustraire aux avances d'un mâle non apprécié, pour les victimes c'est le viol pur et simple. Pour les autres c'est la terreur des fers et des manipulations lors de l'insémination artificielle.
Comme tous les printemps: naissance des petits malheureux. Les pertes sont considérables: jusqu'à 20% des femelles sont infécondes, parmi les autres, nombreuses sont celles qui ne sont pas à même d'élever correctement leur progéniture. Mutilations, cannibalisme et infections sont à l'ordre du jour dans cet environnement hostile. Environ 30% des petits meurent avant d'être sevrés.
Comme tous les ans, novembre sera le mois de la mort. Le pelage d'hiver alors tout neuf, pas encore endommagé par les sévices de la captivité, permettra aux fourreurs de souligner combien les «animaux sont heureux» s'ils ont une si belle fourrure! La "récolte" sera de quelque 7'000 animaux, tués ici même, tout au long de ce mois, par électrocution: une électrode dans la gueule, l'autre dans l'anus: tout ceci, Mesdames, est tellement élégant! La chair de leurs petits corps sera brûlée.
Quiconque achète, cette année encore, un vêtement de fourrure se rend complice de tant de cruauté.
Espoir au seuil de l'an 2000
Les jeunes générations sont plus ouvertes, le nouveau millénaire sera celui du coeur, non plus celui de l'arrogance! Preuve en est qu'à partir de 2005, les élevages intensifs de renards seront interdits en Hollande. Selon l'avis du Prof. Dr. F.J. Grommers de la Faculté de Science Vétérinaire de l'Université d'Utrecht «les visons et les renards ne sont pas adaptés au confinement dans des cages. La souffrance de ces animaux dépasse de beaucoup le but pour lequel ils sont élevés». Le message cartésien s'effacera devant un hymne à la vie et la voix de St. Thomas d'Aquin sera à nouveau perçue: «Respectez toutes les créatures, afin qu'elles ne vous accusent pas le jour du jugement».
AN 1998-2
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